Tremblement de terre dans la vallée de la Tsum au Népal: comment se mettre au service?

Avec un petit groupe international d’amis, nous venons de passer un mois dans la vallée reculée de Tsum dans le nord du Népal, une vallée perchée à près de 4000 mètres d’altitude et très proche de la frontière du Tibet.

Cette vallée est très difficile d’accès et a été fermée aux étrangers jusque 2008. Elle est habitée par des Tibétains implantés sur ces hauts plateaux depuis probablement plus de 1000 ans… les chemins pour atteindre cette vallée sont tellement difficiles et escarpés qu’il semble que jusqu’en 1950, les Népalais ignoraient que ces hauts plateaux étaient habités et cultivés… Les modes de vie ancestraux ainsi que la culture et la dévotion très liées à une branche très ancienne du bouddhisme tibétain ont été très préservés. Il en va de même de l’héritage culturel (temples, monastères, murs de Mani et stupas vieux d’environ 800 ans et construits avec des pierres où sont gravées des prières).

Pierre gravée avec le mantra « Om Mani Padme Hum » et intégrée dans un mur « Mani ». Il y a, dans la vallée de la Tsum, des milliers de murs et stupas construits avec ces pierres gravées depuis environ 800 ans. Beaucoup de cet héritage culturel s’est effondré au moment du tremblement de terre et il y aura un effort énorme à fournir pour reconstruire ces monuments du bouddhisme tibétain.

Avant même le tremblement de terre, notre ascension et notre séjour dans cette vallée avaient été une belle aventure… des rencontres émouvantes et profondes. Des moments de rire, d’autres aussi où les émotions et les larmes nous saisissaient tellement nous avions l’impression d’être invités à ouvrir l’espace du cœur, à ouvrir des espaces intérieurs rarement rencontrés dans notre vie quotidienne en Occident. L’intention centrale de notre groupe était de mieux découvrir, chacun pour lui-même, comment nous pouvions nous mettre au service… se mettre au service, c’était peut-être apprendre à laisser disparaître une partie de nous mêmes pour être mieux à l’écoute de ce qui se passe autour de nous… nous mettre à l’écoute et répondre au besoin au moment où il se présente… Quelle que soit la forme du besoin… Découvrir la joie profonde de ne pas être là que pour nous-mêmes, mais être également là pour voir, écouter profondément et rencontrer l’Autre. Un des véhicules essentiels de cette rencontre avec l’autre, de cette mise au service était pour nous ce langage universel du massage et d’un toucher en conscience. Plusieurs d’entre nous étaient thérapeutes, praticiens de thérapies manuelles ou bien avaient simplement suivi quelques classes de massage-yoga traditionnel thaïlandais. Dans deux villages, ChhoKangparo et Nihle, nous nous sommes arrêtés plusieurs jours pour avoir le temps d’ouvrir une «clinique», et de recevoir les habitants du village pour leur donner des massages, des soins corporels. Aucun d’eux ne parlait anglais… aucun de nous ne parlait le tibétain qui est la langue la plus utilisée dans cette vallée. Mais, le langage universel du toucher faisant ses miracles, nous avons vécu des rencontres d’une profondeur vers laquelle l’échange de simples mots n’aurait jamais pu nous guider. Je n’oublierai jamais le regard de ces deux «vieux» de ChhoKangparo lorsqu’ils se sont levés du lit où ils s’étaient allongés. J’avais «travaillé» avec chacun d'eux pendant près d’une heure. Leur corps avait une forme et une densité qui étaient le fruit d’une vie entière de labeur et de travail de la terre. Leurs articulations étaient nouées… leurs muscles durs comme les instruments en bois qu’ils utilisent pour labourer les champs. Il est probable, certain même, qu’ils n’avaient jamais été touchés de cette façon. Après un court temps de travail corporel, le souffle de vie qui a repris sa place dans leur colonne vertébrale, dans le mouvement occipital et dans tout leur corps portait en lui la lumière et la vitalité de la dévotion sincère qui est partout présente dans ces hautes montagnes et anime la vie de ces êtres. Mes mains posées à l’écoute sous leur crâne semblaient entendre la résonance de ces millions de mantras «Om Mani Padme Hum» répétés depuis des temps immémoriaux. Dans cette rencontre et cet échange non verbal, j’ai probablement reçu beaucoup plus que ce que j’ai pu leur offrir. Si j’ai pu, un tout petit peu, inviter leur corps à se relâcher, la qualité de leur présence et de tout ce qui était en eux a été pour mon âme une invitation à se déployer et à trouver son chant entre le ciel et la terre. Dans la rencontre avec les habitants de cette vallée, j’ai toujours eu le sentiment de recevoir beaucoup plus que ce que je ne pouvais donner.

C’est dans cette vallée que nous avons été surpris par le tremblement de terre le 25 avril dernier et avons vu les rochers et avalanches débouler des flancs de la montagne. Tout notre petit groupe a eu énormément de chance et nous en sommes tous sortis sains et saufs. Les sentiers pour atteindre cette vallée étaient très pentus, étroits et accrochés au bord de précipices; ils ont été arrachés par le tremblement de terre et sont maintenant impraticables et dangereux. Ce sont donc finalement des hélicoptères envoyés par nos ambassades qui sont venus nous chercher 9 jours plus tard.

Pendant ce temps où nous sommes restés bloqués dans la montagne, nous avons eu la chance d’être accueillis par des villageois hospitaliers, généreux et souriants; nous nous sommes sentis en sécurité, protégés et privilégiés, avec des abris pour la nuit, suffisamment de nourriture et d’eau potable. Nous avons beaucoup de reconnaissance pour tout ce qu’ils ont fait pour nous, surtout dans la situation qui est la leur. Certains villages ont des réserves de nourriture pour quelques semaines, d’autres seulement pour quelques jours.

Mais partout, les visiteurs que nous étions ont été accueillis avec une générosité qui donnait un sentiment d’abondance. Même quelques heures après le tremblement de terre, les habitants étaient disponibles pour nous préparer le thé et le dahl baht: ce plat national fait de riz, de lentilles et de légumes n’a jamais manqué… Le sens de l’hospitalité et de la générosité… offrir le manger et le boire sans penser au futur… Être là, dans l’ici et le maintenant, avec les ressources disponibles dans le moment présent. Et la vie saura toujours trouver son chemin vers le futur.

Après le tremblement de terre, nous nous efforçons d’aider un tout petit peu

en déplaçant des pierres, en reconstruisant quelques uns des murs qui bordent les chemins

ou délimitent la espaces pour les animaux, yaks et chevaux.

C’est une minuscule gouttelette dans l’immense océan de travail qu’il y aura a fournir pour reconstruire les maisons, les monastères, les chemins, les systèmes d’eau et l’héritage culturel.

Après le tremblement de terre, nous mettre au service a voulu dire pour certains d’entre nous de nous mettre, bien modestement, au service de la reconstruction du village… soulever quelques pierres pour dégager des chemins et laisser passer hommes et animaux… soulever d’autres pierres pour reconstruire quelques murs qui bordent les chemins et délimitent les enclos pour les animaux, yaks et chevaux… soulever encore d’autres pierres pour aider à démonter et reconstruire quelques uns de ces murs et stupas construits avec des pierres gravées il y a environ 800 ans avec les lettres tibétaines répétant encore et encore le mantra «Om Mani Padme Hum»… Une minuscule gouttelette d’eau dans l’océan des besoins de reconstruction dans cette vallée et dans ce pays. Une goutte d’eau qui était tout de même peut-être un encouragement pour les villageois à retrouver leur force et leur courage pour commencer à reconstruire leurs villages.

Pour d’autres, «se mettre au service» a voulu dire de prendre plusieurs heures dans la journée pour se mettre en méditation et prier pour ces hommes et ces montagnes… Qui sait quelles sont les forces véritablement agissantes dans cette vallée sacrée entre toutes?…

Comment avons-nous été envoyés dans cette vallée ? Pourquoi nous a-t-il été donné d’être là au moment du tremblement de terre ?

Le village de ChhoKangparo a été complètement rasé par le tremblement de terre.

Certaines maisons sont des tas de pierres.

D’autres sont encore debout mais les murs sont fissurés,

menaçant de s’effondrer à tout moment et leurs habitants ne peuvent pas retourner y vivre.

L’emplacement où nous étions au moment du tremblement de terre était celui, dans toute la vallée de la Tsum, où nous pouvions être le mieux protégés. Un très large plateau alluvionnaire posé au milieu de hautes montagnes… suffisamment large et plat pour arrêter le déferlement des rochers et des avalanches. Un peu plus haut ou un peu plus bas, nous aurions été dans des vallées beaucoup plus étroites, sur des pentes beaucoup plus raides, ou bien dans des villages dont les murs se sont écroulés… Certains d’entre nous auraient inévitablement été blessés… D’autres peut-être ne seraient jamais revenus… Nous avons tous le sentiment, même un peu diffus, d’avoir été placé à cet endroit par des forces mystérieuses qui nous ont protégés. Après le tremblement de terre, chacun de nous a été habité, chacun à sa façon, par un immense sentiment de gratitude. Mais aussi par le sentiment d’avoir un véritable rôle à jouer pour cette vallée de la Tsum. C’est peut-être maintenant que nous pouvons véritablement nous mettre au service. C’est peut-être maintenant que nous avons quitté la vallée que nous pouvons véritablement aider les habitants dans leurs efforts de reconstruction…

Notre petit groupe s’est maintenant mobilisé pour lever très rapidement des fonds pour subvenir aux besoins urgents des quelques villages de cette vallée qui ont été rasés par le tremblement de terre. Deux villages en particulier, Chhokangparo et Ripche ont été complètement détruits et les habitants ont besoin de tentes, de couvertures et de nourriture.

Le village de ChhoKangparo dans la vallée de la Tsum

a été complètement détruit par le tremblement de terre.

10 jours plus tôt, nous y avions passé plusieurs jours et avions donné des soins aux habitants.

En nous voyant revenir, une vieille femme se jette dans les bras de Kaline

qui s’était occupée d’elle et l’avait massée.

La saison des moussons et des grandes pluies approche et il y a une véritable urgence. Tout ce qui est convoyé vers cette vallée l’est normalement à dos de mules ou à dos d’hommes. Il faut aujourd’hui un portage par hélicoptères. Dans un deuxième temps très proche, les habitants de ces villages auront besoin d’aide pour reconstruire les maisons, les systèmes d’eau, les monastères et le très exceptionnel héritage culturel. Cette vallée de la Tsum est très reculée et isolée et n’a reçu presque aucune aide jusqu’à présent. Nous avons nous mêmes expérimenté combien il a fallu insister auprès des militaires népalais pour qu’ils chargent de nourriture et de tentes les quelques hélicoptères qui décollaient pour aller chercher les ressortissants étrangers bloqués dans la vallée.

Lorsque nous sommes évacués par hélicoptère, 9 jours après le tremblement de terre,

nous survolons le village de Ripche dans la vallée de la Tsum.

Ce village a été complètement détruit par le tremblement de terre.

On voit sur la photo que les habitants n’ont pas de tentes

dans lesquelles ils auraient pu prendre refuge.

Comment aider?

Notre petit groupe international (18 personnes représentant 10 pays différents) se mobilise pour rassembler très rapidement l’argent dont ces villages ont besoin. Vous pouvez nous aider… Vous pouvez les aider… en faisant une donation d’un montant accessible pour vous: 10€, 20€, 50€, 75€, 100€ ou plus. Nous venons de créer une page sur un site dédié à la collecte de dons. Lien vers la levée de fonds: https://www.lepotcommun.fr/pot/h7jcae6v Une page dédiée vient d’être créée en français sur Facebook, sur laquelle nous avons déjà publié des photos: https://www.facebook.com/SolidariteTsumValleyNepal?ref=hl

Nous partons sur une formule où, dans chaque pays une personne rassemblera les fonds sur un compte dédié. Nous enverrons cet argent sur le compte de Dhawa. Dhawa est un Népalais Tibétain qui nous a accueilli dans la vallée de la Tsum où il est né. Il est intelligent, efficace, fiable, intègre, très bien intégré dans sa vallée et comprenant parfaitement les besoins des différents villages et leurs priorités. Il a les contacts nécessaires au Népal et à l’étranger pour obtenir des résultats. Il travaillera en collaboration avec des représentants de chaque village. Le gouvernement peu efficace vient de décider de s’accaparer le contrôle de tous les fonds arrivant dans le pays pour aider à la reconstruction après le tremblement de terre. Passer directement par Dhawa permet d’apporter une aide beaucoup plus efficace, rapide et adaptée aux besoins réels.

Chaque Euro que vous pourrez donner sera utilisé efficacement; il n’y aura aucun frais de structure. La femme de Dhawa est la première femme népalaise secouriste de montagne. Elle va régulièrement à Zermatt en Suisse pour continuer à se former. Après le tremblement de terre, elle a réalisé de nombreuses missions pour remonter morts et blessés sur des hélicoptères dans la région de l’Everest. Elle a les contacts nécessaires pour faire venir des hélicoptères dans la vallée de la Tsum quand ce sera nécessaire, ce qui est très difficile autrement. Dhawa sera régulièrement en contact avec une personne de notre groupe pour rendre des comptes sur l’utilisation des fonds qui lui auront été envoyés.

Chaque don est important, quel que soit son montant. Notre groupe se mobilise dans 10 pays différents et la multiplication des dons apportera une somme qui fera une différence réelle pour cette vallée des Himalayas et ses habitants.

Lien vers la levée de fonds: www.lepotcommun.fr/pot/h7jcae6v

Notre page facebook: https://www.facebook.com/SolidariteTsumValleyNepal?ref=hl

Merci d’avance à vous pour votre aide… Ouvrir notre coeur et nous mettre au service… Om Mani Padme Hum…

Article écrit le 9 mai 2015

#massage #gratitude #coeur #toucher #service

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